Simplifier sa préparation avec la sécurité émotionnelle

Intégrer la sécurité émotionnelle dans votre préparation peut vous permettre de gagner un temps incroyable. Ooh j’entends déjà ceux qui disent que ça ne sert à rien, que c’est pour les tafioles, qu’on peut bien s’arranger entre adultes raisonnables et consentants. À ceux-là je répondrai : prenez garde, vous n’êtes pas à l’abri d’une réaction psychologique incontrôlée d’un joueu[r/se] en pleine partie, qui pourra vous conduire tout droit aux urgences psychiatriques et foutre en l’air votre soirée JDR !

Non je ne plaisante pas. C’est vrai que ça peut paraître bizarre aux moins jeunes d’entre nous, car nous avons grandi à une époque différente. De nos jours, les gens sont plus sensibles : confrontés à certains mots, à certaines thématiques, ils peuvent se sentir gênés, malaisés (mis mal-à-l’aise), dérangés, blessés, voir carrément offensés ! Et c’est très douloureux pour eux, parce qu’ils sont très sensibles. Il faut donc faire preuve de bienveillance envers eux, afin que leur petite personne ne soit pas traumatisée à vie par une parole blessante. C’est ce qu’on appelle la « snowflake generation ».

Avant de vous expliquer comment j’intègre la sécurité émotionnelle dans ma préparation, je vais brosser un rapide tableau du scénar que je compte faire jouer, car il comporte quelques éléments potentiellement malaisants :

  1. les PJ enquêtent sur la mystérieuse disparition d’enfants
  2. une fausse piste : un pervers récemment sorti de prison
  3. les parents du petit Luke sont impliqués dans le culte
  4. la mère de Luke jouera de ses charmes sur un des PJ pour l’attirer dans un piège
  5. le révérend Brown, un noir américain est aussi impliqué
  6. La petite Judith, une orpheline, s’échappe et raconte son histoire
  7. Son corps est recouvert de pustules : elle se transforme progressivement en profond !
  8. Finalement, c’est le vieux Henry, fou à lier, qui permettra de localiser les enfants grâce à certains détails de ses visions hallucinées 🙂

Voilà la trame générale. Il y a quelques points qu’il va falloir sécuriser émotionnellement, afin que personne ne se sente mal-à-l’aise autour de la table. Oui je sais, l’AdC est un jeu d’horreur, mais bon, faut pas déconner avec ce genre de trucs. Par exemple, Léonie à perdu sa maman quand elle était jeune, on va donc dire que Judith n’est PAS orpheline. Après, je ne connais pas l’enfance de tout le monde, donc par sécurité, on dira que quand les PJ retrouveront les enfants, ces derniers seront sains et saufs, et qu’ils n’auront subi aucun mauvais traitement. Ça va complètement ruiner l’ambiance glauque que je voulais instiller, mais au moins, pas de risque de raviver de mauvais souvenirs. Après ce qui me gêne c’est que le seul PNJ noir est un méchant, ce qui risque de mettre Dieudonné (qui est noir) mal à l’aise. On va donc mettre un révérend blanc, c’est plus safe… mais niveau inclusivité c’est pas top ! Ensuite, cette histoire de maladie et de pustules c’est tendu sachant que le grand-père de Thomas se bat actuellement contre un cancer. Il faudrait quelque chose de moins évocateur. Il faudra aussi faire attention avec la mère de Luke, qu’elle ne drague pas le PJ d’André (un nouveau joueur dont on soupçonne qu’il soit gay), ça pourrait être malaisant pour lui (même s’il ne s’agit que d’un rôle). Et puis aussi… Léonie a dit l’autre jour que les mecs bourrés sont « des porcs ». Dans le doute, je vais enlever le PNJ pervers. Et puis comme André m’a dit qu’il prenait des « décontractants », je vais zapper la scène où le vieux Henry part dans un délire psychotique. Dommage, je la sentais bien cette scène ! Oui je sais, la folie est un thème important de l’AdC, mais mieux vaut être prudent.

Très bien. Voilà donc mon scénario émotionnellement sécurisé :

  1. les PJ enquêtent sur la disparition d’enfants (en fait les enfants se sont cachés dans une cabane dans les bois)
  2. une fausse piste : quelqu’un les a vu se diriger vers la piscine
  3. les parents du petit Luke sont introuvables (en fait ils sont avec les enfants à la cabane)
  4. la mère de Luke jouera de ses charmes sur le PJ de Thomas, mais juste un flirt, pas de contact physique
  5. le révérend White est impliqué dans la construction de la cabane
  6. La petite Judith, s’ennuie à la cabane et retourne chez elle
  7. Son corps est recouvert d’égratignures (elle a couru dans la forêt)
  8. Finalement, le vieux Henry, qui promenait son chien en forêt, a entendu des cris d’enfants venant d’un arbre. Il en parle aux PJ.

Et voilà, mon scénario est émo-sécurisé ! Franchement, je préfère cette solution à la « X-card », parce que quand quelqu’un joue sa X-card, je trouve ça malaisant (la personne n’a pas à se justifier, donc je t’explique pas le gros malaise non-dit qui plane au-dessus de la table). Pas grave, ça n’arrive jamais puisqu’en fait la X-card est là pour ne PAS être utilisée. En fait, elle est là juste pour rassurer les joueurs. 😯

Bon très bien, mais vous allez me dire : comment faire pour que mon scénar ne devienne pas tout pourri ? Et si j’ai envie de provoquer mes joueurs, de les pousser dans leurs retranchements émotionnels, de jouer avec leurs peurs, de les mettre mal-à-l’aise ? Comme quand on va voir un film en fait : on ne sait pas, peut-être qu’on va ressentir des émotions non désirées, et souvent d’ailleurs, un film qui met mal-à-l’aise est un bon film. Oui mais là, contrairement à un film, on a la possibilité de s’arranger et de faire quelque chose qui ne heurtasse personne. Le risque à force de trop arrondir les angles, c’est de tomber dans la platitude émotionnelle. Gardons à l’esprit que les émotions fortes (positives ou négatives) sont les ingrédients majeurs d’une partie intense, dont on se souviendra longtemps ! 🙂

Et puis, tout le monde n’est pas malaisé par les mêmes choses. Dans les exemples que j’ai pu lire ici et là, on dirait que buter des cultistes de sang froid ou brûler un village goblin ne fasse pas partie des thématiques qui posent problème aux chantres de la sécurité émotionnelle. Non, ce qui les concerne, c’est plutôt ce qui peut mettre mal-à-l’aise les minorités (femmes, étrangers, non-binaires) ou ce qui touche à l’intime (rappelez-vous, le snowflake est très auto-centré !). Chacun son truc !

Non franchement, les animaux sociaux que nous sommes savent comment ménager les sensibilités au sein d’un groupe. La nature nous a programmés pour ça ! Mais il y a quand même des gens qui viennent vous expliquer comment il faut faire, parce qu’ils savent, eux, ce qui est bien. Nous, on est des abrutis inconscients qui blessent les autres par manque d’écoute et de bienveillance. Ils faut écouter ces gens qui ont une conscience morale supérieure, afin de corriger nos pratiques de rustres. Vous remarquerez d’ailleurs que ces gens sont les mêmes qui vous rebattent les oreilles avec l’inclusivité, le véganisme ou l’anti-*isme (que des trucs biens). Ce sont les apôtres de ce que Nietzsche appelait la morale des faibles.

Mais revenons à l’idée centrale de cet article : en quoi intégrer la sécurité émotionnelle simplifie-t-il la préparation de partie ? C’est très simple : pour ne pas se retrouver avec un scénario de merde ou une carte X qui met tout le monde mal-à-l’aise, laisse tomber ton scénar et propose directement aux joueurs un bon vieux film (pas malaisant : un film de super-héro), comme ça pas besoin de préparation, et tu passes une soirée émotionnellement sécurisée sans te prendre la tête !

8 commentaires à propos de “Simplifier sa préparation avec la sécurité émotionnelle

  1. Excellent !
    Je ne te cache pas qu’à la lecture des premières lignes de l’article, c’était la douche froide : « ah non, pas lui…quand même…lui aussi baisse les bras… »
    Et puis, tout de même, les indices s’accumulent, petit à petit, phrase après phrase : « non, il en fait un peu trop… et puis, il ne nous a pas habitué à ce ton de la défaite… ». Avec un peu de chance, tout ceci n’est qu’une mise en scène narrative qui nous cache un renversement de situation, technique dont justement les MJ sont si friands quand ils conçoivent un scénario.
    Et puis, enfin, le soulagement. Non, décidément, le pitch du scénario est parfaitement ridicule, je suis soulagé, tout ceci est bien du deuxième degré !
    Ouf… tu m’as quand même fait peur quelques instants…attention aux émotions trop violentes, j’ai failli poser ma carte X…

  2. Je ne comprends pas (à cause du ton sarcastique, mais du coup on ne distingue plus le vrai du faux) ta condamnation de la carte-x dans le cas du scénario première version…

    La carte-x te permet de te contrefoutre de te préoccuper, en préparant le scénar, de savoir si cela choquera ou pas… Si une personne est choquée, elle va l’activer, et on zappera la scène.

    Du coup, je ne sais pas si la phrase suivante est sérieuse ou pas « je trouve ça malaisant (la personne n’a pas à se justifier, donc je t’explique pas le gros malaise non-dit qui plane au-dessus de la table) »… Quel est le problème?

    – si le lis littéralement « j’ai envie de provoquer mes joueurs, de les pousser dans leurs retranchements émotionnels, de jouer avec leurs peurs, de les mettre mal-à-l’aise », ben tu l’as ton malaise, de quoi tu te plains? 😉
    – mettons que tu as prévenu tes joueurs que ce serait dur émotionnellement. Ils ont accepté que leurs persos puissent souffrir ou mourir (contrat social). Mais cela se révèle plus dur que prévu, ou la partie prend un tour imprévu : activation de la X-Card. Contrat social aussi : tu fais confiance à la personne, qu’elle ne cherche pas à saboter la partie, ni à grosbilliser, ni à sortir son perso de la panade par une tricherie méta-jeu. Comme on zappe la scène et qu’on passe à autre chose, où est le malaise? Disparu le malaise! 🙂

    Je prends ton scénar; mettons que ce soit la scène 4 qui dérape : « la mère de Luke jouera de ses charmes sur un des PJ pour l’attirer dans un piège » (d’ailleurs je ne comprends pas non plus pourquoi tu modères : « juste un flirt, pas de contact physique » alors que tu cherches à mettre mal à l’aise…). En tant que joueur, je te surprends parce que mon perso est prêt à coucher avec la mère (éplorée) d’un enfant disparu. Puis je veux détailler comment j’abuse d’elle – « ah oui je t’ai pas dit, mon perso est un pervers sexuel sadique », mais *ne serait-ce que parce que tu voudrais avancer le scénar* plutôt de d’écouter un joueur qui monopolise la parole pour raconter ses fantasmes de films X, tu actives la carte-x et on passe à la scène 5.

    – Est-ce que l’origine du malaise n’est pas évidente?
    – As-tu besoin de m’expliquer que tu me trouves dérangé et que soit je la ferme, soit je ne reviens pas à ta table au prochain épisode? Ou ça peut attendre la fin de la partie et/ou une discussion par mail?

    Il y a une autre déclaration où je te trouve un peu trop sûr de toi : « les animaux sociaux que nous sommes savent comment ménager les sensibilités au sein d’un groupe. La nature nous a programmés pour ça ! ». Alors si tu es un fin psychologue qui lis dans les pensées, et qui connais la sensibilité de quelqu’un, et comment cette sensibilité a évolué d’une semaine à l’autre, arrivant à savoir si il ou elle vit l’enfer au boulot, tu es très fort. Car la société nous a appris à cacher nos émotions.

    Voici une expérience perso : lors d’une partie, je m’énerve en méta-jeu et je tape sur la table. Aussitôt je me calme, je me fais recadrer par la MJ, la partie reprend normalement, je m’excuse, on en reparle plus. J’imaginais que c’était oublié. 5 semaines plus tard, la MJ m’en reparle avec des trémolos dans la voix, grossissant l’incident, déclarant qu’elle n’ose plus proposer de parties de peur que j’y participe, etc.

    Et j’ai comme ça quelques expériences – sur 30 ans – en milieu rôliste ou IRL, où j’ai mis les pieds dans le plat, et ne l’ai su que plus tard au détour de « finalement t’es pas si un connard que Untel le dit ». Alors peut-être que c’est moi, que je suis asocial – il est bien connu que la majorité des rôlistes sont reconnaissables à leur sociabilité , mais je conteste « non, franchement » nous sachions comment ménager les sensibilités d’autrui. Un joueur mal à l’aise ne va pas renverser la table de jeu et partir en râlant, mais il ne se sera pas amusé et il ne reviendra plus jouer. Et parfois tu ne sauras même pas pourquoi…

    Pour finir, un tas de gens condamnent la carte-x (ou autre) sans avoir lu ses nuances. Voici des extraits de https://ptgptb.fr/la-carte-x

    « À la base, elle a été créée pour rendre les parties en compagnie d’inconnus plus drôles, plus inclusives et plus sûres. » > oui c’est plus facile d’éviter les sujets qui fâchent quand on connaît les gens. 🙂 Donc si c’est ta première partie de Cthulhu -> carte X. Si c’est ta enième et que tes joueurs t’on fait des retours sur ce qu’ils aiment / aiment pas -> plus besoin.

    « La Carte-X ne remplace pas le dialogue. Si vous préférez parler d’un problème au moment où il advient plutôt que d’utiliser la Carte-X, faites-le. »
    « Si vous n’êtes pas sûr de ce qui a été excarté, demandez une pause et parlez-en en privé avec la personne concernée. » > tu peux éclaircir le malaise non-dit.
    « La présence de la Carte-X n’impose pas de l’utiliser. Mais lorsqu’on y fait appel, respectez la personne qui l’utilise, ne demandez pas pourquoi et ne vous lancez pas dans une discussion à propos du problème. La Carte-X est une option. » > tu peux aussi agir avec tact et ne pas demander à éclaircir ce malaise…

    « La Carte-X n’est pas une excuse pour repousser les limites. Ce n’est pas un mot d’alerte (safeword) [comme dans le S-M (NdT)] ». > moi je la voyais comme ça…
    « Certains MJ, généralement ceux qui n’ont pas utilisé la Carte-X, craignent qu’elle ne limite leur créativité. Cependant, de nombreux meneurs qui l’utilisent estiment que c’est le contraire : puisque le MJ n’a plus besoin de deviner les pensées des joueurs, cela le libère pour se concentrer sur d’autres aspects de la maîtrise. » > je t’invite à envisager ce côté 🙂

    • Je n’aime pas cet aspect de la carte X qui consiste à dire que la personne qui l’utilise n’ait pas à se justifier. Si quelque chose dérange une joueuse dans la scène en cours, je veux savoir ce que c’est. Ceci afin de pouvoir adapter (si possible) le reste de la partie pour cette joueuse, et surtout parce que je veux me réserver le droit de décider (moi et aussi les autres joueurs) si nous jugeons le malaise justifié ou pas. Ça peut paraître un peu hardcore dit comme ça, mais prenons l’exemple d’une joueuse qui ne supporte pas la mise en scène de la souffrance animale. Bon, eh bien je juge que son hyper-sensibilité ne mérite pas que je modifie mon scénar « Le Boucher de Kingsport » pour sa petite personne. Elle sera donc invitée à quitter la partie, quitte à nous rejoindre pour un prochain scénario moins sanglant. Le malaise d’une seule personne ne doit pas passer au-dessus du plaisir de la tablée. Sauf bien sûr si on peut facilement adapter le scénario, mais pour cela il faut encore connaître la cause du malaise. Si la cause du malaise est évidente comme dans ton premier exemple (le PJ pervers), pourquoi a-t-on besoin d’une carte ? Si elle n’est pas évidente comme dans ton deuxième exemple (la MJ effrayée), en quoi jouer une carte et ne rien dire aide-t-il ? Il me semble que dans les deux cas, la solution consiste plutôt à verbaliser le problème et le résoudre par la discussion.

      • Je pense qu’il faut nuancer. Dans l’extrait que je souligne : « lorsqu’on y fait appel, respectez la personne qui l’utilise, ne demandez pas pourquoi et ne vous lancez pas dans une discussion à propos du problème. », cela ne veut PAS dire ‘il est interdit d’en discuter’.
        Au contraire : « demandez une pause et parlez-en en privé avec la personne concernée ». Le mot ‘privé’ est important. ça implique que le joueur n’a pas à faire un grand déballage public.

        Cela veut dire que c’est bien de prendre des gants et de faire preuve de courtoisie. Enfin moi ça me semble un savoir-vivre élémentaire… 🙂

        Si le joueur qui active la X-Card a envie d’expliquer pourquoi, il va le faire. S’il n’a pas envie, parce que c’est un traumatisme secret, dur à verbaliser, ce serait être un mufle d’insister lourdement.
        Et si le joueur a été victime d’inceste enfant, est-il obligé de le révéler? Ou s’il est gay et le cache? Tout le monde a ses secrets, tout le monde a des mauvais souvenirs. Demander des explications, ça fait précisément ressurgir les mauvais souvenirs que l’activateur de carte demande de ne pas insister dessus.
        Exiger des raisons, c’est indiscret, c’est inquisitorial. Le MJ est de la police? Le MJ et les autres joueurs vont mener un interrogatoire croisé? Bonjour le malaise!

        Jusqu’ici, quand une partie ravivait des traumatismes, c’était « tais-toi, ravale tes sentiments et cache-le ». La carte-X permet, et c’est possible de le faire sans grand déballage, de signaler aux autres « ici, c’est touchy ».

        Tu t’inquiètes de savoir comment connaître la cause du malaise. Je suis persuadé que dans 90% du temps c’est évident. Le joueur pervers. Le joueur qui active la Carte-X quand tu fais une description gore. Le joueur qui _explique_ qu’il essaye d’arrêter la cigarette. Pour les 10% qui restent, soit la cause du malaise rentre dans une même catégorie, et c’est inutile de rentrer dans les détails – « mmh, c’est le fait que le pasteur ait été violé, ou c’est le fait qu’il ait été décapité devant ses enfants qui est le malaise? Et si c’était la situation glauque dans son ensemble? » – soit il faut faire confiance aux gens et respecter leur veto, même quand ils ne peuvent/veulent s’expliquer.

        > Si la cause du malaise est évidente comme dans ton premier exemple (le PJ pervers), pourquoi a-t-on besoin d’une carte ?

        Ah ah elle est facile cette question 🙂 Je vais préciser
        *Pas de carte X :
        Joueur pervers : « je sors ma bite et je dis à la mère de Luke de me sucer, sinon je révèle qu’elle veut entraver l’enquête »
        MJ : « mais ça va pas, t’es un malade ! »
        Joeuur : « je ne fais que jouer mon perso blablabla, liberté de jouer ce qu’on veut blabla, halte à la censure bien-pensante bla pourquoi je serais un grand malade tu m’insultes »
        (10 minutes de dispute minimum)

        *Carte-X
        Joueur pervers : « je sors ma bite… »
        MJ : – carte X –
        choix (1) du joueur pervers : acceptation de la carte X
        Joueur pervers : « tu veux m’expliquer? »
        MJ : « non, on zappe la scène »
        Joueurs pervers : « OK »
        -> possible continuation de la partie sans tomber dans la dispute, et le MJ note de ne plus proposer de scènes de séduction.

        choix (2) du joueur pervers : refus de la carte X
        Joueur : « je veux jouer cette scène »
        MJ : « dans mon groupe, on accepte la carte X ou on dégage »
        -> le joueur dégage. La dispute a porté sur l’acceptation de la carte-X, et non sur l’attitude du joueur. La carte a été une sorte d’excuse si tu veux, permettant de ne pas partir dans une dispute sur les valeurs.

        Après, ce n’est pas la panacée : « La Carte-X ne remplace pas le dialogue. Si vous préférez parler d’un problème au moment où il advient plutôt que d’utiliser la Carte-X, faites-le. ». L’argument qu’on a pu jouer au JdR sans la carte-X jusqu’ici est valable. La possibilité qu’elle puisse éviter les disputes et faciliter les discussions est valable aussi.

        >Si elle n’est pas évidente comme dans ton deuxième exemple (la MJ effrayée), en quoi jouer une carte et ne rien dire aide-t-il ?

        Si la personne ne manifeste pas son déplaisir, il n’y a pas moyen de le connaître. Mon exemple de MJ affectée par mon comportement déplaisant, qui se montre forte sur l’instant mais craque après, était une contestation de ton affirmation : « [nous savons] comment ménager les sensibilités au sein d’un groupe. La nature nous a programmés pour ça ! ». Je comprend maintenant que tu n’es pas aussi sûr de l’excellence de ta psychologie qu’il n’y paraissait, et que tu cherches à comprendre les causes du malaise 🙂

        Après, il y a la manière de réagir à l’activation de la carte-X. Je suis en désaccord sur la réaction « moi et les autres joueurs voulons nous réserver le droit de décider si nous jugeons le malaise justifié ou pas ».
        Quel est ce droit?
        De quel droit?
        Le droit de la majorité? « vous avez tort parce que vous êtes minoritaire »? C’est un peu l’argument quand on ne sait plus quoi dire… « Le malaise d’une seule personne ne doit pas passer au-dessus du plaisir de la tablée » – eh bien « la tablée » n’a déjà plus de plaisir, parce qu’un des joueurs va faire la gueule et que cela va déteindre sur la séance – parce qu’une partie se joue avec tous.
        Il faut être un minimum subtil : on est pas dans un dilemne utilitariste binaire : « une personne tire la gueule ou 4 personnes tirent la gueule? ». On zappe une scène, on fait un petit compromis et personne ne fait la gueule! 🙂 Dans le scénar « disparition d’enfants », ben la scène 4 est raccourcie. Eh, cela pourrait même améliorer l’aventure ! 🙂 Cette scène me paraît très dispensable, et même un peu faiblarde : pourquoi la mère de Luke attirerait-elle l’attention sur elle par un comportement corrupteur? 😉

        Et pour ton exemple 2, selon moi, le scénar « Le Boucher de Kingsport » (que je ne connais pas) peut être modifié sans qu’il perde de son intérêt. Pourquoi devrait-il être gravé dans le marbre, alors que c’est le principe du JdR que le scénar ne résiste pas aux initiatives des joueurs? 🙂 Ton scénar, c’est des scènes de maltraitance animale les unes derrière les autres ou il y a autre chose? Y a des longues super-descriptions d’os broyés et d’animaux vivisectionnés aux regards tristes, qu’il faut lire à voix haute? Ou bien c’est juste le background de l’enquête, le mcguffin? Pourquoi Faboo, te prends-tu la tête sur des hypothèses extrêmes? 🙂

        Nous ne sommes pas les Léonard de Vinci de la maîtrise de partie. Nos scénars ne sont pas des chefs-d’œuvre qui souffriraient de l’avis divergent d’autrui. Je pense que le Maaaaîître du jeu doit descendre de son piédestal et accepter de partager sa narration avec les joueurs 🙂 Sans joueurs, un MJ n’est rien… Le MJ ne doit pas non plus se croire juge impartial de la valeur de son scénar, et des réflexions de ses joueurs, et distribuer les bons points « toi, ton avis mérite que j’en tienne compte, mais pas toi ». Le MJ aussi a sa sensibilité et ses biais 🙂

        Une personne qui a un malaise ne gâche pas le plaisir des autres. Les autres joueurs l’assurent de leur compréhension et de leur soutien. Dans https://ptgptb.fr/donnez-moi-des-sensations-le-jdr-emotionnel – un article où l’auteure demande des parties qui la font pleurer – il y a deux très belles déclarations qu’elle aime entendre de la part des autres participants : « Personne ne sera blessé » et « Je ne t’abandonnerai pas ». Le jeu de rôle est une activité sociale où on a la possibilité d’être gentils les uns avec les autres; une activité inclusive, pas une machine à exclure de plus. 🙂

        Je t’invite à considérer l’option inverse quand aux droits d’une minorité de demander qu’on accélère certaines scènes. On est pas des barbares. Le JdR c’est pas la guerre, c’est ni « tais-toi et joue » ni « joue ou crève »; tout le monde doit s’amuser. Il y a des centaines de conseils sur le net rôliste pour que « tout le monde s’amuse » : faire participer un joueur timide / impliquer un perso inutile / s’adapter aux joueurs qui n’aiment pas les maths ou la tactique / ont telle ou telle préférence LNS /…
        Et là, réagir « ben si une personne ne s’amuse pas, mais que les autres si, ben c’est pas leur problème » me semble revenir des décennies en arrière… :'( Le malaise d’une seule personne « mérite » d’être pris en compte, et le plaisir de tous en sortira renforcé, et non diminué

        Aussi, je serais intéressé par comment tu peux juger de la valeur du malaise de quelqu’un mieux que cette personne. Untel te dit « ça me donne envie de dégueuler », et tu réponds « je juge que cela ne mérite pas de modifier mon scénar » C’est… violent. C’est comme quand j’ai lu quelqu’un se moquer que, dans les exemples de la carte-X, un joueur l’active parce qu’il y a une mention d’une cigarette : « oh oh, n’importe quoi, malaise à la mention d’une cigarette! ». Putain, MAIS.QU’EST-CE.QUE.CELA.PEUT TE FAIRE? Si la cigarette emmerde ce participant, ben RESPECTE SON SENTIMENT. Peut-être qu’il a le cancer, qu’il a vu mourir quelqu’un du cancer, qu’il joue sa vie sur le fait que rien ne lui évoque la cigarette sinon il va recommencer à fumer 3 paquets/jour? Bordel, mais LES AUTRES NE SONT PAS TOI, et TON AVIS N’EST PAS SUPÉRIEUR AUX AUTRES. C’est pas parce que tu n’as rien à foutre d’un truc que personne n’en a rien à foutre. ON RÉAGIT TOUS DIFFÉREMMENT. La cigarette d’un PNJ n’est qu’un élément de décor sans importance, mais le MÉPRIS DE LA SENSIBILITÉ d’autrui, ça c’est grave ! >:) L’exemple de la cigarette montre qu’on ne peut jamais prévoir ce qui va créer un malaise, et la réponse moqueuse montre à quel point on peut être égocentrique et ne pas voir plus loin que son nombril!

        >la solution consiste plutôt à verbaliser le problème et le résoudre par la discussion.

        La discussion prend du temps de partie; personne ne change d’avis, personne ne se laisse convaincre; ça tourne en rond, on répète les mêmes arguments entre sourds, et ça devient une dispute parce qu’on a pas le même point de vue. Et comme certains n’arrivent pas à concevoir comment on peut être gêné par l’évocation d’une cigarette, et refusent de le prendre en compte, alors la discussion ne résout rien.

        Parfois, ça peut faire avancer la partie et le plaisir de la tablée, d’accepter sans discuter le veto de quelqu’un sur un bout de scène, de ne pas chercher plus loin, de ne pas arrêter la partie pour Dieu sait combien de temps en faisant « attends… pourquoi tu dis ça!? »

        Enfin, peut-être que je suis trop sensible mais est-ce que je perçois des tournures de mépris dans ton langage?
        – dans tes exemples, pourquoi c’est toujours « une joueuse » qui est dérangée par une scène?
        Je connais quelques hommes qui sont devenus très sensibles à la souffrance animale (et même devenus végétariens) après avoir vu des vidéos de L214…
        – pourquoi « l’hypersensibilité » d’autrui est un défaut? Pourquoi est-ce qu’elle ne mérite pas a priori que l’on modifie un scénar? C’est pas bien d’être sensible? Ne pas se distancier vis-à-vis de l’imaginaire, c’est un tort? Il faudrait être hyper-rationnels tout le temps, comme M. Spock? (eh c’est mon perso favori i! ;))
        – pourquoi « sa petite personne »? Il y a des « petites personnes » sensibles, et des « grandes personnes » qui n’ont pas de phobies? Les « petites personnes » sont des égoïstes qui ne font qu’embêter les autres avec leur sensiblerie? Ce qu’elles disent n’ont pas à être prises en considération?

        • Oh mon dieu quel pavé Rappar !

          >> demandez une pause et parlez-en en privé avec la personne concernée […]
          >> prendre des gants et de faire preuve de courtoisie.

          Oui c’est ce que je dis : la discussion. Je ne vois toujours pas où j’ai besoin d’une carte X pour faire ça…

          >> Et si le joueur a été victime d’inceste enfant, est-il obligé de le révéler?

          Non bien sûr que non. Il peut aussi tout simplement dire « Désolé là ça va un peut trop loin pour moi. » et quitter la table. Parce que si c’est « touchy » et que le scénario est basé sur une ambiance glauque avec plein de scènes « touchy », sortir la carte X toutes les 10 minutes ça ne va pas le faire.

          >> MJ : « dans mon groupe, on accepte la carte X ou on dégage »

          Pour moi, c’est la même chose que « tais-toi, ravale tes sentiments et cache-le ». Tu as beau dire que ça porte sur l’acceptation de la carte X, au final ça revient au même : on a simplement changé le problème en : qui décide que jouer la carte X est légitime.

          >> permettant de ne pas partir dans une dispute sur les valeurs.

          Et la dispute est refoulée dans l’inconscient collectif de la table, bonjour les névroses !

          >> « Personne ne sera blessé » et « Je ne t’abandonnerai pas ». Le jeu de rôle est une activité sociale où on a la possibilité d’être gentils les uns avec les autres; une activité inclusive, pas une machine à exclure de plus. 🙂

          Mon dieu…

          Nous les bisounours, on vous donne la main !

          >> mais le MÉPRIS DE LA SENSIBILITÉ d’autrui, ça c’est grave !

          Oh pas tant que ça, il y a bien pire dans la vie ! Et oui, je me permet de juger de la validité du malaise d’une personne. Pour reprendre l’exemple de la cigarette, si il y a une histoire de mort/cancer en fond, je respecterai le malaise occasionné, mais si le joueur essaye simplement d’arrêter de fumer, eh bien qu’il aille arrêter de fumer ailleurs sans emmerder les autres !

          Pour la question majorité/minorité, je pense qu’il faut essayer d’accommoder la sensibilité d’une minorité autant que POSSIBLE. Bien sûr. Mais si ce n’est PAS possible, si respecter la sensibilité d’une personne gâche l’expérience de tous les autres participants, je ne vois pas pourquoi la minorité devrait prévaloir. Au nom de quel principe ? De mon point de vue, ma liberté s’arrête là où commence…

          >> pourquoi c’est toujours « une joueuse » qui est dérangée par une scène?

          Non ça peut très bien être un joueur. Du coup je vais me remettre au masculin neutre moi, ça m’apprendra d’avoir voulu être inclusif !

          >> pourquoi « l’hypersensibilité » d’autrui est un défaut?

          Jamais dit ça. À l’inverse, est-ce une qualité qu’il faudrait mettre en avant ?

          >> Les « petites personnes » sont des égoïstes qui ne font qu’embêter les autres avec leur sensiblerie ?

          Certaines oui. Ce sont celles-ci que j’invite à quitter la table.

          J’ai l’impression que tu me vois comme un macho primaire, mais tu te trompes. J’essaie toujours de pimenter mes scénarios de scènes émotionnelles, romantiques, ou dilemmes sentimentaux. Cela donne lieu à des moments intéressants (parfois embarrassants) et souvent les joueurs se souviennent plus de ces scènes que d’une scène horrifique. Il n’y a aucune honte pour un homme à être sensible, même si trop l’afficher n’est pas la norme. Je n’ai rien contre tout ça au contraire. Ce qui me dérange c’est la tendance à vouloir mettre ces aspects en avant, à les mettre en haut sur l’échelle des valeurs. Tu dis que le mépris de la sensibilité d’autrui, c’est grave. Non ! Enfin, pas plus grave que le mépris de la rationalité ou de la virilité d’autrui. La majorité doit se plier à la minorité ? Et pourquoi pas l’inverse ? Tu nous assènes ces principes comme des évidences mais ils sont tout à fait arbitraires. Je pense que le sujet de fond derrière cette discussion est la féminisation de la société, et que ces nouvelles pratiques rôlistiques n’en sont que le reflet.

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